Les médias en parlent : Que cache réellement le boom de l'automédication ?

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Publication sur Atlantico - 2013
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Que cache réellement le boom de l'automédication ?
Nicole Delépine

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Que cache réellement le boom de l'automédication ?


De plus en plus de Français se tournent vers l'automédication et achètent de quoi se soigner chez le pharmacien du coin. Le but : ne pas passer par "la case médecin", ne pas payer le prix de la consultation et éviter de perdre du temps dans les salles d'attente.



Atlantico : En France, de plus en plus de personnes se tournent vers l'automédication. Acheter ses médicaments chez le pharmacien du coin permet de gagner du temps et de l'argent et d'éviter de se rendre chez son médecin généraliste. Un phénomène qui prend de l'ampleur, mais à quel prix ? Que cache vraiment le boom de l'automédication ?

nicole delepineNicole Delépine : Il y a certes une augmentation de la consommation des médicaments en prescription par le patient lui-même, qui achète librement ce qu'il pense bon pour lui, parfois avec l'aide de son pharmacien, de son voisin et pourquoi pas de son médecin. Les médicaments vendus sans ordonnance afficheraient en 2011 une progression des ventes en valeur de +1,9 %, mais dans ce pourcentage figure sûrement un certain nombre de médicaments déremboursés auxquels, à tort ou à raison, étaient attachés les patients et qu'ils achètent désormais librement sans ordonnance. Ce phénomène doit être pris en compte avant de parler de "boom".

N'est-ce pas un signe inquiétant quant au budget que les Français accordent à leur santé ?

Cela n'est ni forcément inquiétant, ni clairement significatif. Les Français sont de plus en plus conduits à se prendre en charge eux-mêmes, à être co-acteurs des soins et des décisions médicales. Règne du consentement éclairé, des signatures de protocoles de traitement avant intervention etc. Cela modifie les mentalités progressivement. Comment s'étonner qu'ils souhaitent de plus en plus être décideurs dans leur traitement, le plus souvent celui des affections bénignes que les grands-mères traitaient autrefois par les remèdes de bonne femme, des tisanes ou des onguents ? Ce serait plutôt rassurant qu'ils se médicalisent un peu moins. La consultation systématique aux urgences, où l'attente est longue pour un entretien court, peut souvent être remplacée par un remède peu agressif ou supposé tel, que le patient choisira avec l'aide des siens ou les conseils anticipés de son médecin traitant.

Il y a très longtemps que les mamans rodées traitent la fièvre de leur petit spontanément avec les anti-fièvre ou antidouleurs prescrits par leur pédiatre et en réserve au fond du placard pour le cas où ce serait utile. On ne parlait pas d'automédication parce que ces médicaments étaient achetés sur ordonnance. Mais de fait, la mère le donnait bien souvent sans avis médical. C'est pourquoi parler de boom paraît exagéré. En Italie, l'habitude est d'avoir X médicaments en réserve dont des listes utiles sont fournies par les médecins pour commencer à traiter soi-même les symptômes avec les dangers que cela comporte. Cette tendance se développe en France depuis plusieurs années.

Quelle est l'ampleur de l'automédication en France ?

Difficile à savoir. Seul le côté économique direct peut être évalué. Le médicament est un objet économique mais aussi mythique avec son côté magique. Il est difficile de le limiter à un bien de consommation comme un autre.

Sur le plan économique pur, la progression des médicaments en vente libre s'établit à 1,9 % alors que ceux vendus sur ordonnance reculent de 1,3 %. Selon une étude du cabinet Xerfi, les médicaments vendus sans ordonnance devraient croître de l'ordre de 1 % par an en valeur d'ici à 2015. L'automédication est en progression, pour un total de 2,1 milliards d'euros annuels contrairement aux médicaments vendus uniquement sur prescription (en baisse de 1,3 % mais de l'ordre de 30 milliards d'euros tout de même !). Ils concerneraient essentiellement les produits contenant du magnésium, des vitamines et des suppléments minéraux ainsi que les médicaments sensés soigner les maux de gorge ou les rhumes. Les substituts nicotiniques ont également la cote avec une hausse de 9,6% à 81 millions d'euros de recettes en 2011. La publicité récurrente n'y est pas étrangère.

Effectivement, comme en ce qui concerne les médicaments remboursés, le rôle de la publicité est énorme et en partie responsable de cet accroissement des ventes (comme celles des compléments alimentaires). D'autant plus que pour les produits non remboursés, elle est autorisée à être directe et non pas obligée de passer par la propagande indirecte des émissions télévisées ou de radio vantant les mérites d'une classe de médicaments.

Quel pourcentage de la population s'en "contente" ?

Près de 70 % des Français de 18-64 ans auraient recours à l'automédication, le plus souvent (près de 90 %) pour des douleurs, de la fièvre, des maux de tête ou de gorge, des rhumes, de la toux. Dans la moitié des cas, c'est pour une sensation de fatigue ou des problèmes digestifs qu'ils iront acheter un remède. Enfin les brimés de la suppression des veinotoniques, pour fluidifier la circulation du sang, continuent à se fournir chez le pharmacien en automédication.

Cependant les Français ne se contentent pas de l'automédication. Si les désagréments persistent, ils se tournent vers leur médecin à la quête d'un diagnostic et d'un traitement plus adapté ou plus "fort". La visite médicale est utilisée en complément de l'automédication, beaucoup plus qu'en remplacement. C'est du moins la vue que nous en avons en tant que médecin, car nos patients nous parlent régulièrement de ce qu'ils ont pris, de ce qu'ils pourraient prendre en nous demandant une orientation a priori ou a posteriori et de vérifier l'absence de contrindication avec leurs chimiothérapies par exemple. C'est ainsi que nous devenons moins ignorants sur l'usage que font les gens des plantes médicinales. Bien sûr, ceux qui ne voient pas le médecin nous échappent. Ils seraient de plus en plus nombreux.

Quel est le risque pour les personnes qui en sont adeptes ?

Plusieurs catégories de risques sont à envisager :

-Le retard de diagnostic d'une affection moins bénigne qu'elle n'y paraît au premier regard du patient. Il est particulièrement à redouter chez les nourrissons, les personnes âgées ou le patient en traitement lourd.

- Les effets secondaires des médicaments en vente. L'acheteur est trop souvent rassuré à tort par le fait que le médicament est libre à la vente. Il faut absolument qu'il lise très soigneusement la notice.

- L'interaction médicamenteuse avec d'autres produits éventuellement délivrés sur ordonnance voire avec des aliments. Les patients en traitement lourd pour cancer ou autre maladie chronique doivent être particulièrement vigilants à cet égard.

- Le nouveau risque est celui de la contrefaçon. Aggravé par les commandes sur Internet, le risque de recevoir des produits frelatés est important. Début octobre 2012, les services de police et des douanes de 100 pays ont mis la main sur 3,75 millions de doses de médicaments contrefaits vendus sur Internet pour 8,1 millions d'euros. Parmi les saisies se trouvaient des médicaments de toutes catégories, anti-cancer, antibiotiques, contre les troubles de l'érection, produits censés faire maigrir, compléments alimentaires.




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