Les médias en parlent : Pourquoi les antibiotiques séduisent-ils toujours les Français ?

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Publication sur Atlantico - 2012
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Pourquoi les antibiotiques séduisent-ils toujours les Français ?
Nicole Delépine

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Pourquoi les antibiotiques séduisent-ils toujours les Français ?


Malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation pour dissuader les Français à la consommation d'antibiotiques, nous demeurons les champions du monde en la matière.



nicole delepineLes Français sont compulsifs de la médecine sous toutes ses formes (médicaments, examens, etc.). Il faut changer les mentalités et les habitants de notre beau pays doivent se rappeler que la grande majorité d'entre eux sont bien portants. Ils doivent résister aux sirènes des laboratoires et de tous ceux qui les manipulent et arrivent à transformer la masse de la population en faux malades mais croyant sincèrement l'être. Et de contrôles en examens de vérification, ils le deviennent, subissent procédures angoissantes autant que superflues, les faux positifs de toutes sortes se multiplient à force de répéter les dépistages variés.

Nous sommes essentiellement des bien portants et n'en déplaise au dr Knock nous n'irons voir notre médecin que lorsque des symptômes deviendront vraiment gênants. Le rhume banal devra passer tout seul, la migraine d'avoir trop travaillé, des règles ou des contrariétés aussi... Notre Sécurité sociale s'en portera mieux et surtout les bien portants le resteront. Les laboratoires iront chercher leurs victimes ailleurs.

La surconsommation médicamenteuse est importante et nocive et pas seulement sur le plan financier. Les maux dans leur peau soignent leurs soucis souvent réels (chômage, fin de mois difficiles, divorce, etc.) par des consultations médicales répétées, des examens complémentaires trop souvent inutiles et prescrits la main forcée, et la pilule miracle verte rose ou jaune sortie de la poche comme un talisman. S'ajoutent souvent à ce cocktail de nombreuses séances de kinésithérapie, sophrologie, psychologie, acupuncture.

Le médecin a remplacé le curé et les échanges familiaux quotidiens lors des repas. De surcroit il est remboursé par la Sécurité sociale ce qui lui donne une valeur symbolique supplémentaire, un côté magique. Le médicament remboursé et prescrit est "plus efficace" que celui acheté spontanément. La représentation du médicament comme remède à tous nos maux nous interpelle.

L'excès de prise de médicaments comme symptôme d'une crise de société ? Sûrement. Mais pas sans conséquences dangereuses au-delà du fait qu'il ne règlera pas le fait de société qui est à son origine. Soumis à la publicité de tout type télévisés écrite sur les hebdomadaires féminins ou journal télé, les habitants de notre beau pays soignent leurs angoisses avec les médicaments, dont les antibiotiques et les antidépresseurs sont au coeur de leur prédilection.

Pourtant, les beaux vieillards actuels des pays dits civilisés ou des peuplades encore primitives n'ont en général jamais utilisés de médicaments, ni reçus de vaccins et se soignent uniquement par les moyens naturels quand c'est vraiment nécessaire. Cette vérité est soulignée par Sylvie Simon.

Les dangers graves de la surconsommation des antibiotiques. Préservons l'avenir.



L'utilisation immodérée des antibiotiques à doses souvent insuffisantes favorisent l'émergence de résistance par l'adaptation des microorganismes par mutation et recombinaison génétique et la sélection. Les souches résistantes deviennent progressivement prééminentes particulièrement dans les hôpitaux et tous établissement s de santé où les germes sauvages sensibles à tout deviennent rares, les souches résistantes prenant le devant de la scène. La proximité entre soignants et soignés favorise les diffusions des infections, les grands bâtiments géants ayant remplacé les hôpitaux pavillonnaires, et l'extrême vigilance quant à l'hygiène devenue obsessionnelle et rituelle et les procédures rigides souvent inadaptées favorise de fait les germes résistants à nos produits miracles. Le mieux devient l'ennemi du bien.

Les antibiotiques chez les animaux continuent à être donnés malgré l'interdiction de la loi de 1998. Les infections des élevages en batterie du fait des mauvaises conditions sanitaires conduisent à des traitements antibiotiques qui seront transmis à l'homme à doses faibles propices à l'acquisition de résistances.

Beaucoup de phénomènes concourent à la surconsommation



Les antibiotiques en ville, de nécessité, rapidité de la consultation, exigence du patient. Prescription de "sécurité" psychologique (du médecin, du patient) protectrice du médecin (juridique). Les relations avec le médecin traitant, la rapidité des consultations, la perte de la confiance et du contact, le principe de précaution érigé en règle de vie protégeant à court terme le patient et le médecin des problèmes médico-légaux. La consultation chez un médecin doit se terminer en France par une ordonnance et les médecins qui les raccourcissent ont du mal à convaincre. Le prix extrêmement bas de la consultation du généraliste couplée au manque de médecins le conduit à la nécessité de multiplier les actes. Une revalorisation significative des actes corrélée à un temps de consultation correct contribuerait certainement à une prescription plus optimale des médicaments des antibiotiques en particulier.

La rapidité de la consultation nécessaire en raison de la surcharge des médecins, réelle ou ressentie conduit à un entretien court qui coïncide mal avec des explications prolongées pour faire admettre l'absence de nécessité d'une prescription d'un antibiotique devant un rhume ou une allergie

Il faudrait inverser le phénomène, expliquer aux Français que le droit à la santé comme à l'immortalité n'existe pas. Le droit aux soins n'est pas la santé, il faut accepter des petits maux pendant quelques jours. L'exigence de résultats immédiats n'est pas compatible avec des prescriptions optimales. La pression permanente des politiques sur les médecins qu'ils présentent comme de grands profiteurs ne renforce pas la confiance nécessaire en le corps médical e en ses conseils. Les dérives de quelques médecins souvent de "grands" professeurs de chu ne représentent pas les pratiques de nos confrères dont un bon nombre ne gagne pas tellement plus que le SMIC. Les stigmatiser en permanence aboutit à les dégouter de leur profession démotiver des plus jeunes aux vieux briscards qui n'en peuvent plus de tant d'injustice. Comment raisonner sainement dans ces conditions. On se protège.

Il faudrait que les médias aident à retrouver la confiance dans les médecins, que la pression juridique soit moins omniprésente, que les contrôles permanents de la sécurité sociale, et des agences diverses et variées n'éloignent pas le praticien de l' écoute de son patient. Dans une époque où la paperasse occupe de plus en plus de temps dans la journée du docteur quel que soit son mode d'exercice, il ne faut pas espérer que les praticiens puissent faire autre chose que parer au plus presser en se couvrant au maximum sur leur droite, leur gauche en ouvrant au max les parapluies et donc inondant au maximum les patients de médicaments pour éviter à court terme les ennuis à commencer par les antibiotiques, quitte à ce que les résistances acquises bientôt tuent des malades plus tard. Mais dans l'immédiat ils seront protégés.

Demande des patients pour ordonnance longue et antibiotiques (on pourrait écrire la même chose sur les antidépresseurs) et risque médicolégal à la moindre complication. Demande des autorités administratives de multiples justifications et menace de rétorsion, de sanctions etc. Instantanéité des décisions et absence d'espace de réflexion et de travail intellectuel. Perte de l'habitude de réfléchir tant la pression des prescriptions venues d'en haut "les recommandations" nous ont robotisées.

Dans ces conditions tout est protocolisé pour garantir le maximum de "sécurité" immédiate. Cela aboutit à une inflation dangereuse des prescriptions d'antibiotiques particulièrement à l'hôpital. C'est dans ce milieu théoriquement protégé que la consommation augmente le plus vite et que surtout apparaissent les germes très résistants et menaçant. Dans 29 pays européens, un nombre estimé de 25 000 personnes décèderaient chaque année à la suite d'infections résistantes aux antibiotiques, généralement acquises sur les lieux des soins médicaux. Elles induisent des coûts considérables liés aux hospitalisations prolongées, aux traitements plus onéreux.

Diminuer la consommation des antibiotiques mais aussi des autres médicaments est indispensable et urgent non seulement pour les finances publiques mais surtout pour la santé de la population. Ceci nécessite la suppression rapide du millefeuille bureaucratique qui détruit notre système de santé Cela permettrait de rendre au médecin sa liberté de soigner au terme d'un dialogue singulier médecin - malade de durée et de qualité suffisante. Les volumes des prescriptions pourront décroitre.

1. La nouvelle dictature médicoscientifique, éditions Dangles (2006)



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