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Octobre rose : désinformation sur le dépistage du cancer du sein
Nicole Delépine

"Octobre rose" : désinformation sur le dépistage du cancer du sein


Pour en finir avec la manipulation d'Octobre rose et le dépistage de masse du cancer du sein.



dépistage cancer du sein« Octobre Rose » est le mois de mobilisation contre le cancer du sein organisé par le ministère de la Santé, l'Institut national du cancer (INCa), l'Assurance Maladie (CNAMTS), la Mutualité Sociale Agricole et le Régime Social des Indépendants. Ils lancent chaque année une campagne d'information à destination des femmes : le but est de les pousser à accepter un dépistage gratuit proposé par convocation de leur conseil général, leur centre de Sécurité Sociale ou autres. Une campagne terriblement onéreuse puisqu'elle coûte chaque année entre 1,5 et deux milliards d'euros aux contribuables.

Ce dépistage vise les femmes âgées de 50 à 70 ans, mais ses zélateurs souhaiteraient toucher les femmes dès 40 ans et au-delà de 70 ans. L'idée du dépistage par mammographie a germé en France après la publication d'études suédoises en 1985 qui promettaient une réduction de 30% de la mortalité liée à ce cancer(1). Mais ces résultats mirifiques étaient incompatibles avec les registres de diagnostics et de décès en Suède(2). En effet, le dépistage systématique n'a pas que des avantages : les nombreux surdiagnostics pourraient largement faire pencher la balance bénéfices/risques du mauvais côté.

Des procédures anxiogènes et douloureuses pour les femmes

Le pilier du dépistage de masse chez une population a priori bien portante repose sur la mammographie, un examen radiographique comprimant les deux seins sur une plaque radiologique et entraînant une douleur plus ou moins importante et un traumatisme certain - pas forcément anodin si l'on croit à l'inflammation comme lit du cancer. La double lecture est obligatoire : le caractère angoissant et déstabilisateur de cet examen chez une femme bien portante ne devrait pas être sous-estimé dans les études bénéfices/risques. De plus, l'attente des résultats et, bien souvent, les contrôles « complémentaires » effectués quelques jours plus tard entraînent sans conteste une perturbation psychologique.

Ainsi, certaines images « douteuses » sur la radiographie aboutissent régulièrement à une biopsie, un examen aussi douloureux d'anxiogène. La judiciarisation de la médecine rend en effet le radiologue et l'anatomopathologiste « prudents » : ils ne voudraient pas être attaqués pour une erreur par défaut si la patiente développait un cancer quelques mois plus tard. Même lorsque le résultat de la biopsie est négatif, la femme reste inquiète et demandeuse de contrôles itératifs coûteux. Mais les douleurs immédiates et les conséquences psychologiques ne sont pas les seules conséquences de ce dépistage de masse.

Le surdiagnostic et le surtraitement

Lorsque le résultat de la biopsie est dit « positif », le traitement s'enclenche. Or, trouver quelques cellules anormales voire cancéreuses ne prouve pas que la femme aurait un jour développé un cancer patent. Dans l'état actuel de la science, nous ne savons pas faire la différence entre des cellules cancéreuses indolentes (qui ne bougent pas pendant plusieurs années, voire qui ne bougent jamais) et celles qui indiquent un vrai cancer - le problème est le même pour le cancer de la prostate. On diagnostique donc régulièrement des cancers à des femmes qui n'en souffrent pas : ce sont des surdiagnostic, lesquels entraîneront autant de surtraitements.

Ces femmes vont en effet passer au rouleau compresseur du traitement, avec chirurgie et plus ou moins de radiothérapie et de chimiothérapie, alors qu'elles n'en ont pas besoin. Dans tous les cas, elles se considéreront toujours comme des « cancéreuses ». Pour les partisans du dépistage du cancer du sein, le surdiagnostic concernerait 10% des femmes dépistées positives, contre 50% pour ses détracteurs. Même le chiffre le plus bas - 10% - montre l'ampleur du problème pour ces femmes cassées à vie et dont les familles porteront la crainte d'un cancer génétique.

Le déséquilibre des risques par rapports aux bénéfices

La thèse officielle est sans relâche répétée sur toutes les ondes : « le dépistage constitue toujours l'une des armes les plus efficaces contre le cancer ». C'est faux. Toutes les études scientifiques récentes montrent que la mortalité par cancer du sein baisse indépendamment du dépistage, grâce aux progrès des traitements. Des études scandinaves, suisses, irlandaises et américaines(3) concluent que les mammographies de dépistage n'ont pas de réel impact sur la mortalité. La dernière synthèse(4) officielle des études comparatives sur l'efficacité du dépistage par mammographie, émanant du réseau Cochrane, conclut : « Si un décès par cancer du sein est évitable par le dépistage chez 2 000 femmes suivies pendant dix ans, on allonge la survie d'une femme au prix de dix surdiagnostics, entraînant autant de surtraitements ».

De plus, le risque de faux­ positifs (suspicion de cancer infirmée par des investigations complémentaires) augmente avec la répétition du dépistage : après dix mammographies biennales, on estime qu'environ une Européenne sur cinq recevra un résultat faussement positif, et donc un traitement inutile et contraignant. Des biopsies pratiquées sur des femmes saines, décédées accidentellement, ont mis en évidence des carcinomes chez 30% d'entre elles alors qu'elles n'avaient pas déclaré de cancer du sein. On estime ainsi que, sur 100 femmes présentant un carcinome à la biopsie, 75 n'en souffriront pas.

Les progrès thérapeutiques entraînent une baisse régulière de la mortalité, y compris dans les tumeurs évoluées. La probabilité de bénéficier du dépistage par mammographie en termes de survie baisse donc et fait nettement pencher la balance bénéfices/risques du côté du risque. Les études favorables au dépistage, même actualisées récemment, portent sur des périodes anciennes, alors que les traitements médicaux n'étaient guère performants et la mortalité élevée. Le bénéfice actuel du dépistage pour une population qui bénéficie des traitements modernes reste donc incertain, alors que ses risques et ses coûts sont bien réels.

Un mensonge d'Etat

Une enquête de janvier 2013 confirme que la plupart des femmes qui se font dépister ignorent la possibilité de surdiagnostics et de surtraitements ou en négligent l'impact. Ces informations devraient être publiques sur le site de l' INCa, en lieu et place des publicités marketing d' Octobre rose. L'Assemblée nationale, dans son rapport N°1678 du 17 juin 2004, précise d'ailleurs : « L'objectif d'augmenter le taux de participation ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l'information fournie ».

Mais cette « information » présentée comme objective et « scientifique » est relayée par les radios et les télévisions, via des spots publicitaires de vedettes insoupçonnables de complicité et bénéficie d'une ligne téléphonique. Les médecins sont de surcroît conditionnés, récompensés grâce à un bonus financier lorsqu'ils soutiennent cette action, menacés lorsqu'ils osent douter de son utilité.

Ce mensonge d'Etat aboutit à mutiler inutilement des milliers de femmes sans tenir compte des évaluations objectives des résultats disponibles. L'heure est venue d'écouter les scientifiques indépendants qui répondent de façon claire depuis plusieurs années (cf Bernard Junod) et de stopper ce dépistage de masse. Le « trou » de la Sécurité Sociale comme le bien-être des femmes en bénéficieront. Il faut le courage politique d'affronter les lobbies concernés et d'enfin informer équitablement la population, conditionnée depuis deux décennies.

Nicole Delépine


(1) Tabár L., Reduction in mortality from breast cancer after mass screening with mammography. Randomised trial from the Breast Cancer Screening Working Group of the Swedish National Board of Health and Welfare. Lancet 1985 ; 1 : 829-32.
(2) PH, Gotzsche Results of the Two-County trial of mammography screening are not compatible with contemporaneous official Swedish breast cancer statistics J. Dan Med Bull. 2006 Nov; 53(4): 438-40.
(3) Bibliographie détaillée dans « Le cancer, un fléau qui rapporte », Nicole Delépine, 2013, Michalon, chapitre « Dépistage ».
(4) Elle analyse l'ensemble de la littérature internationale et en fait la synthèse.





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