Les médias en parlent : 50% des médicaments inefficaces : pas de quoi ébranler les Français dans leur obsession de la surmédication

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Publication sur Atlantico - 2012
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50% des médicaments inefficaces : pas de quoi ébranler les Français dans leur obsession de la surmédication
Nicole Delépine

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50% des médicaments inefficaces : pas de quoi ébranler les Français dans leur obsession de la surmédication



"Le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", co-écrit par les médecins spécialistes Bernard Debré et Philippe Even évoque des chiffres étonnants en matière de santé : un médicament sur deux serait inutile et 5% d'entre eux potentiellement dangereux.



Atlantico: "Le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux" de Bernard Debré et Philippe Even affirme que la moitié des médicaments ne seraient pas efficaces et que 5% d'entre eux pourraient même se révéler dangereux. Cela peut-il décourager les Français d'en consommer ?

nicole delepineNicole Delepine : Je l'espère ! Malheureusement, je crains que les leçons de ce nouveau livre qui dénonce à juste raison les excès de prescriptions de médicaments en France ne soient vite oubliées. Le matraquage quotidien sur la santé des Français dans les magazines, les émissions de radio ou de télévision (quotidienne !) pousse les bien-portants et les plus fragiles -pas forcément malades- à consulter trop souvent et à acheter les médicaments en vente libre, en plus de compléments sensés leur redonner jeunesse, beauté, tonus, puissance...

Les campagnes de dépistage par exemple de l'ostéoporose pour les femmes autour ou après la ménopause - menées officiellement par des associations indépendantes et de fait subventionnées de façon directe ou indirectes - ont pour finalité de faire prendre des médicaments à des bien portants que l'on transforme en malades anxieux. Le dépistage organisé à grande échelle du cholestérol conduit de même à des monceaux de prescriptions. Elles sont souvent inutiles, voire dangereuses, pour certains "patients" ou plutôt pour certaines personnes bien portantes transformées en malades par une simple prescription de "sécurité". La sécurité, c'est de ne jamais avaler des médicaments quand on n'est pas malade, ce qui veut dire en langage simple quand on n'a pas de symptôme !

Par rapport aux autres pays, les Français sont-ils de gros consommateurs de médicaments ?

Les Français sont effectivement de très gros consommateurs de médicaments, parmi les plus accros malgré les nombreuses alertes qui se répètent depuis plus d'une cinquantaine d'années. On l'a vu avec le drame de la thalidomide dans les années 1960, à l'origine de malformations foetales gravissimes, avec les enfants nés sans bras et sans jambes ; ou encore avec scandale du VIOXX , cet anti-inflammatoire présenté comme miraculeux d'efficacité et ne donnant pas de troubles gastriques et qui se révéla responsable de près de 40 000 décès dans le monde par toxicité cardiaque avant son interdiction !

Néanmoins, les nombreuses campagnes de la Sécurité sociale et du ministère pour la maîtrise des dépenses de santé semblent faire ralentir la courbe de croissance vertigineuse que nous connaissions, sans pour autant la stopper. D'autres pays soumis à la pression de l'industrie pharmaceutique voient leur consommation croître rapidement, ce qui nous fait faire sortir doucement de l'exception française. Nous conservons néanmoins la première place pour les antibiotiques en Europe.

En 2010, selon la Cnam (Caisse nationale d'Assurance maladie), la France a connu une croissance historiquement "basse" de 2,3%, soit 18,54 milliards d'euros de remboursements de médicaments ! Selon un rapport de l'Assurance maladie publiée le 10 mars 2011, la France arrive en tête de la consommation de médicaments de tous les pays d'Europe de l'ouest. Notre dépense s'élève à 114 euros par habitant par an, contre 94 euros pour l'Espagne et 70 euros pour l'Allemagne.

Quels rapports entretenons-nous avec les médicaments ? Qu'est-ce que cela révèle de notre comportement et de notre rapport à la santé ?

Le médicament a un fort impact sur l'état psychologique des habitants de notre petite Europe. Jadis, les gens venaient consulter pour un problème médical. La parole du médecin avait un effet direct. La transformation de l'image du médecin, dévalorisée par le développement des techniques, s'accompagnant de la réduction du temps d'écoute de la personne en demande, a entrainé progressivement le remplacement de la parole autrefois sacrée du médecin par le médicament paré des vertus magiques. Il est devenu le compagnon permanent de toutes souffrances, y compris celles indépendantes d'une pathogénie organique. La petite pilule qu'on a dans son sac pour affronter son patron ou son examen est devenue la solution de tous les problèmes.

Envisager perdre du poids par un régime plus équilibré ou résoudre ses problèmes de couple par la discussion ne s'imagine plus vraiment sans l'aide du petit médicament que vous prescrira votre médecin et que vous remboursera gracieusement la Sécurité sociale. Malheureusement, il s'agira souvent d'un leurre qui ne résoudra pas les problèmes d'agitation de vos enfants, las de vous voir rentrer trop tard et indisponibles. En revanche, vous les rendrez drogués avec les médicaments, comme la Ritaline, et dépendants souvent à vie de cette drogue là ou d'une autre.

L'industrie pharmaceutique pousse-t-elle les Français dans leur soif de médicaments ?

Évidemment, cette tendance à la vertu magique du médicament est utilisée à grande échelle par l'industrie pharmaceutique, culpabilisant les parents qui ne vaccineraient pas leur enfant par des vaccins dangereux et inutiles comme le gardasil ou qui n'accepteraient pas pour leur enfant instable en classe la petite pilule merveilleuse. Quant aux médecins, ils sont également mis en cause par leurs patients mais aussi leurs collègues s'ils ne prescrivent pas le dernier médicament - pas encore admis sur le marché - en autorisation temporaire individuelle d'utilisation. Haro sur le cancérologue prudent qui souhaiterait attendre les résultats de ces études de précommercialisation !

Propos recueillis par Célia Coste



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